Poursuivi devant le Tribunal militaire de Yaoundé pour atteinte à la sûreté de l’État, rébellion et propagation de fausses nouvelles, Djeukam Tchameni revendique son engagement pour la démocratie. Dans une plaidoirie datée du 24 octobre 2026, il conteste les accusations portées contre lui et dénonce ce qu’il considère comme une instrumentalisation de la justice.
« Je plaide coupable. » D’entrée de jeu, Mwalimu Djeukam Tchameni retourne contre ses accusateurs une formule qui résume toute sa défense. Il se dit coupable non des faits qui lui sont reprochés, mais d’avoir consacré sa vie au Cameroun, défendu la démocratie et rêvé d’un pays digne.
Pour étayer son propos, il retrace un parcours marqué par l’excellence académique, l’entrepreneuriat et l’engagement politique. Après des études au Cameroun et aux États-Unis, notamment à l’Université de Houston et à George Washington University, il affirme poursuivre une thèse en intelligence artificielle malgré sa détention.
En 1986, il fonde à Douala INTELAR, une entreprise technologique à l’origine du micro-ordinateur RAMSES, conçu pour résister à la chaleur, à la poussière et à l’humidité. Il affirme que l’État a détruit sa société en 1991, alors qu’il ambitionnait de faire du Cameroun une puissance technologique.
Son engagement politique remonte à 1979, à l’Université de Yaoundé, où il participe à la création du Club d’études et de réflexion sur la culture africaine (CERCA), avec Achille Mbembe et Michel Lobé Ewane. Après une formation militante aux États-Unis entre 1982 et 1985, il fonde en 1986 le Parti panafricaniste (P2), qui milite pour la fin du parti unique et le retour à la démocratie.
Arrêté en 1988, il affirme avoir passé 17 mois en détention extrajudiciaire avant d’être condamné, en mars 1990, à trois ans de prison ferme pour subversion, aux côtés de Me Yondo Black et d’Anicet Ekane. Libéré en août 1990, il participe à la dynamique de CAP Liberté et à la création de l’Union pour le changement en 1992, qui soutient la candidature de John Fru Ndi. En 2025, il cofonde avec Anicet Ekane l’Union pour le changement (UPC 2025), qui porte la candidature consensuelle d’Issa Tchiroma.
Djeukam Tchameni évoque également le lourd tribut personnel de son engagement : la mort de son fils Nkrumah pendant sa détention, la disparition de son entreprise, la confiscation de son passeport et cinq années d’exil après des tentatives d’assassinat. Il dénonce aussi les difficultés rencontrées par son épouse, Makini, dans la construction d’une école à Bonanjo, malgré une décision favorable du Tribunal administratif en 2017. Leurs enfants, Nzinga, Shabaka et Samory, n’auraient jamais obtenu de documents d’identité camerounais en raison des dispositions relatives à la double nationalité.
Revenant sur son arrestation du 24 octobre 2025, il affirme avoir été interpellé sans mandat et que son domicile a été perquisitionné sans autorisation. Il conteste également les informations médiatiques faisant état de la découverte d’armes et de drogue chez lui, affirmant que ces éléments ne figurent pas dans son dossier d’accusation.
Au fond, il estime que les poursuites découlent de son rôle dans la mobilisation d’une coalition de 22 partis politiques et de 34 associations, ainsi que de sa participation à la présidentielle du 12 octobre 2025. Il dénonce les violences et les arrestations survenues après le scrutin et accuse les autorités de poursuivre ceux qui revendiquent la victoire plutôt que les responsables présumés des violences.
« Quel bel exemple de parodie judiciaire, un véritable procès en sorcellerie ! », lance-t-il.
Plutôt que de demander son acquittement, Djeukam Tchameni pousse la provocation jusqu’à réclamer la prison à vie. Il présente cette demande comme le prix de son engagement et dit aspirer à un Cameroun souverain et démocratique, dans la lignée de Ruben Um Nyobè, Félix Moumié, Ernest Ouandié et Osendé Afana.
« Condamnez-moi aujourd’hui. L’Histoire, elle, m’acquittera », conclut-il.
Djeukam Tchameni depuis la Prison principale de Kondengui, 24 octobre 2026.
Note éditoriale : les accusations et les événements rapportés dans cet article sont les déclarations de Djeukam Tchameni.



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