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Me Emmanuel Pensy : Il faut un renouvellement profond du gouvernement

L’avocat du Rdpc se prononce sur la longue attente après l’annonce du gouvernement faite par le chef de l’Etat et lui demande de prendre, in fine, seul, la décision de nommer un nouveau gouvernement.

Par Blaise Deumo

 

Bientôt un mois depuis l’annonce d’un nouveau gouvernement par le chef de l’Etat, président national du Rdpc, toujours rien. Constituer un gouvernement est-il aussi difficile ?

Cette longue attente du remaniement ministériel dérange tout le monde. Lorsque le Chef de l’Etat fait son discours, on a l’impression que dans les 24h, 48h ou dans la semaine, le gouvernement sera mis sur pieds. On se rend compte aujourd’hui qu’aucun gouvernement n’a été formé et certains vont jusqu’à dire qu’il y a des forces à tous les niveaux qui s’affrontent. Cela revient à dire qu’il y a au plus haut niveau de l’Etat, des clans qui s’affrontent et qui n’arrivent pas à donner au président de la République, des éléments pour former un gouvernement.

Je le dis parce qu’à l’âge du Président de la République, 93 ans, on ne maîtrise pas la nouvelle génération, on a du mal à avoir des amis proches encore vivants. Si bien que lorsque le Président a un ami à un poste, il a du mal à s’en séparer. C’est pour cela qu’il y a des gens qui sont au gouvernement depuis très longtemps et parfois sans changer de poste.

Le président Paul Biya doit s’attacher d’un certain nombre de personnalités qui doivent être choisis selon les critères que lui le président a donné. Il va faire la sélection et après, choisir. Il doit faire un choix basé sur ces critères objectifs qui sont les siens.

Plusieurs listes du prochain gouvernement ont circulé sur les réseaux sociaux. Pensez-vous que le choix des prochains membres du gouvernement a-t-il déjà été fait ?

Plusieurs thèses s’affrontent pour faire nommer leurs proches. Il y en a d’autres qui disent que le Président doit attendre les législatives et les municipales et former un gouvernement qui prendra en compte les réalités de ce double scrutin, avec la possibilité de faire des coalitions.

Mais lorsqu’on est à la huitième année d’un gouvernement qui n’a pas changé, avec les résultats catastrophiques du point de vue économique, social, moral, on se dit qu’on ne peut pas continuer avec des gens dont beaucoup ont montré leurs incompétences et se sont spécialisés dans les détournements de deniers publics. Il doit nommer des gens compétents après une enquête minutieuse menée sur chacune des personnes qui vont entrer au gouvernement. C’est au Président seul de prendre ses responsabilités. Certains sont ministres depuis 40 ans.

D’autres sont à un même poste de ministre depuis 25 ans. Ils sont tous fatigués et ne reproduisent plus le même rendement. Ce que nous vivons au Cameroun ne se fait dans aucun pays dans le monde et on le voit à l’analyse que les résultats sont mauvais.

Quel est l’influence des clans dans cette bataille pour le contrôle du prochain gouvernement ?

Ces clans existent et contribuent à faire perdurer ces conflits internes au haut niveau. Lorsqu’un ministre nomme un Directeur général d’une entreprise, celui-ci lui est redevable et certains vont détourner de l’argent et le remettre à celui qui l’a fait nommer ou le protège, parce qu’il lui est redevable. Un ministre célèbre aujourd’hui décédé en avait fait  sa spécialité.

Des enquêtes devraient être faites. Et après enquête, si on se rend compte qu’il y a détournement, le Président doit sévir. Si le Président ne met pas en place des critères rigoureux, objectifs, des personnes à la fois compétentes et honnêtes, ce sera le chaos.

Force est de constater qu’après 8 ans d’un gouvernement où il n’ya que des calamités dans plusieurs secteurs. Changer les membres du gouvernement est une nécessité absolue. Les  scandales portent sur les routes, les ordures ménagères, les détournements, la corruption etc, les lenteurs administratives et l’incompétence de certains.

Le mandat du Président a été placé sous le signe de la Grandeur et de l’espérance. Pensez-vous, au regard des scandales qui ont secoué le gouvernement actuel  que ce septennat peut donner aux camerounais des raisons d’espérer ?

C’est possible. Et pour se faire, on attend la nomination des personnes compétentes, et un changement. Il faut un changement radical. Et on attend ce changement. Si vous maintenez en place des gens qui détournent de l’argent depuis des années, comment voulez-vous que ces personnes changent, puisqu’elles se disent que leurs fonctions sont devenues un titre foncier. Il faut un renouvellement profond du gouvernement. Il faut nommer de nouvelles personnes, compétentes venant d’horizons divers. Il faut nommer des personnes qui n’ont pas peur de dire que ça ne va pas quand tout va mal et sont efficaces dans leurs fonctions respectives.

Yaoundé a peur des gens qui ne vivent pas à Yaoundé. On élimine les gens qui sont de Douala et des autres villes, à l’exception du Centre, du Sud, de l’Est. A mon avis c’est une erreur de ne pas avoir des gens venant d’autres horizons. A Yaoundé, les gens ne peuvent pas dire un certain nombre de chose pour ne pas fâcher un tel ou un  tel. Il faut reconnaitre que ça s’est mal passé. Si le Président est passé de 71 à 53% aux dernières élections, cela veut dire que les gens ne sont pas contents et dans son discours, il l’a reconnu et il doit en tirer les conséquences.

Maintenant, si le Président choisit de garder la majorité de ceux qui ont échoué, cela n’a pas de sens. Il a dit qu’il y aura des conséquences après son discours. Rien ne se fait depuis qu’il a prononcé le discours le 31 décembre 2025. C’est qu’il y a un problème. Il faut que le Président sorte de ceux qui l’enferment dans un carcan et qu’il prenne ses responsabilités. C’est lui qui doit rendre compte aux camerounais. Il faut que le Président nomme des gens qui vont travailler pour le Cameroun.

Cette longue attente du nouveau gouvernement n’impacte-elle pas sur la gestion du pays ?

L’impact est très négatif et financier. Nous devons sortir de cette situation qui est excessivement grave, que ce soit au point de vue institutionnel que budgétaire, ça pose un problème. Il faut qu’on avance. Il faut des gens courageux, compétents et intègres. A Yaoundé, tout est bloqué. Un pays ne peut pas vivre dans un blocage institutionnel sur la base de spéculations. Gouverner c’est anticiper. Gouverner c’est choisir. Si on n’anticipe pas, si on ne choisit pas, on va vers l’échec. Et quand on va échouer, ça finira par éclater. Nous devons faire très attention. Tous les camerounais veulent que ce pays marche. Sauf ceux qui veulent réussir par le chaos en détournant les fonds publics.  Il est impératif que ce pays soit remis sur des bons rails et qu’en corollaire, on revienne à la rigueur et à la moralisation suivi des sanctions y relatives.

Written by BLAISE DEUMO

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